Lavaux classé UNESCO : l’architecture viticole du canton de Vaud peut-elle survivre au tourisme de masse ?
Dans le canton de Vaud, les terrasses de Lavaux forment un patrimoine admiré et un espace de production. Leur fréquentation touristique pose une question de partage des lieux. Entre les chemins empruntés par les visiteurs et les parcelles cultivées, les décisions d’accueil engagent aussi les conditions de travail des vignerons.
Des fréquentations mesurées à des échelles différentes
Bourg-en-Lavaux a enregistré 45 479 nuitées en 2024, contre 44 565 l’année précédente, selon le rapport de gestion communal. Ce total couvre les hébergements recensés par la commune, camping compris. Le même rapport indique que le Lavaux Express, petit train touristique circulant dans les vignes, a transporté près de 25 000 personnes durant l’année.
Les points d’information de Montreux Riviera ont accueilli 99 036 personnes en 2025, soit une hausse de 28 % par rapport à 2024, selon le rapport annuel de Montreux-Vevey Tourisme. Ce périmètre dépasse Lavaux. Ces contacts signalent une demande régionale accrue, mais ne comptent pas les promeneurs présents sur les chemins viticoles.
Ces données mesurent des usages différents. Leur addition serait trompeuse, notamment parce qu’une même personne peut séjourner dans un hébergement, prendre le train touristique et demander un renseignement. Pour apprécier une éventuelle saturation, il faudrait connaître la concentration des passages, leurs horaires et les endroits où ils compliquent le travail agricole.
La pression peut être localisée. Un chemin difficile à partager appelle une réponse à cet endroit, sans justifier une restriction uniforme dans tout le vignoble. Le débat sur le « tourisme de masse » gagne ainsi à porter sur les lieux de friction et les usages concernés.
Les murs de Lavaux soutiennent une activité vivante
Le Comité du patrimoine mondial a inscrit Lavaux le 28 juin 2007, rappelle Lavaux Patrimoine mondial dans son plan de gestion. La reconnaissance porte sur un paysage culturel vivant. Les bourgs historiques, les constructions et la continuité de l’activité viticole appartiennent au même ensemble, dont la cohérence dépasse la beauté du panorama.
Le réseau représente environ 450 kilomètres de murs et 10 000 terrasses, selon la documentation technique de Lavaux Patrimoine mondial. Ces ouvrages retiennent la terre. Ils organisent aussi l’évacuation de l’eau et intègrent parfois les escaliers ou les rampes qui permettent de passer d’une parcelle à l’autre.
Un mur de soutènement maintient le sol sur une pente. Ses barbacanes, petites ouvertures par lesquelles ressort l’eau infiltrée, expliquent pourquoi une restauration ne peut pas se limiter à reproduire une façade de pierres. Une ouverture bouchée modifie le fonctionnement de l’ouvrage, même si son aspect semble préservé.
Les effondrements ont des causes documentées
Le rapport annuel 2024 de Lavaux Patrimoine mondial documente un mur tombé durant l’été 2024 en Dézaley, présenté à la conseillère d’État Valérie Dittli et aux acteurs concernés. L’entretien ne suffit pas toujours. Le rapport décrit également des ouvrages correctement entretenus qui s’effondrent sous l’effet de mouvements du terrain.
L’association relie cette fragilisation à l’intensification des sécheresses et des fortes précipitations. Elle mentionne aussi les difficultés économiques de la viticulture, où la baisse de consommation du vin, la concurrence et l’inflation réduisent la capacité des domaines à financer l’entretien. Les exploitations doivent donc absorber des contraintes physiques et financières simultanées.
Le rapport n’attribue pas ces chutes aux visiteurs. Encadrer les passages ne répondrait pas, à lui seul, aux causes décrites dans ce document. Cela n’exclut pas d’examiner les effets de la fréquentation, mais une mesure touristique doit correspondre à un problème observé, avec un lien établi entre l’usage du lieu et le dommage constaté.

Le diagnostic des murs prépare les travaux
En juin 2025, une étude préliminaire sur les murs a commencé à Lavaux, avec une échéance annoncée au printemps 2027, selon Lavaux Patrimoine mondial. Elle prépare un financement complémentaire. Selon cette association, la Direction générale cantonale de l’agriculture et l’Office fédéral de l’agriculture prennent ensemble en charge 50 % du financement de l’étude.
La démarche doit inventorier les ouvrages, examiner leur état par échantillonnage, c’est-à-dire sur une sélection de murs, estimer les coûts de réfection et planifier les interventions. Lavaux Patrimoine mondial en précise les objectifs. Le financement du diagnostic ne garantit donc pas encore les ressources nécessaires à toutes les restaurations.
Le plan de gestion a été finalisé et signé durant 2025 par l’État de Vaud et les dix communes territoriales, selon le bilan de Lavaux Patrimoine mondial publié le 14 juin 2026. L’association en assure le suivi. Ce cadre donne une base commune aux décisions, mais sa signature ne renseigne pas sur les chantiers effectivement réalisés.
L’évaluation devrait porter sur l’exécution. Publier les interventions achevées, les montants engagés et les difficultés rencontrées permettrait de distinguer un retard de financement d’un obstacle technique. Cette distinction conditionne la réponse à apporter, car une enveloppe insuffisante et un terrain instable ne se traitent pas de la même manière.
La Route des Grands Crus ouvre un débouché commercial
Le 23 mai 2025, l’Office des Vins Vaudois, Lavaux Patrimoine mondial et Montreux-Vevey Tourisme ont inauguré la Route des Grands Crus dans le Dézaley et le Calamin, selon le communiqué de l’Office des Vins Vaudois. Le parcours mesure 2,8 kilomètres et comporte huit panneaux consacrés au vignoble et à ses patrimoines, précise l’Office des Vins Vaudois.
Les panneaux donnent accès à une plateforme de vente directe grâce à des codes QR, ces motifs à scanner avec un téléphone, explique l’Office des Vins Vaudois. L’achat reste facultatif. Le dispositif associe ainsi la découverte des lieux à une possibilité de commande auprès des producteurs concernés.
Les retombées économiques restent à établir. Un itinéraire apprécié ne prouve pas que les recettes supplémentaires couvrent les charges patrimoniales, ni qu’elles bénéficient aux exploitations les plus exposées. Pour apprécier ce dispositif, les ventes attribuables au parcours et leur répartition entre producteurs seraient des résultats plus probants que sa seule fréquentation.
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